Dernière modification le (19/03/2008 : 23h38)
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Alicja TARDY Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Alicja TARDY
 
"En ma qualité de présidente de l'ASEMKA mais aussi d'enseignant chercheur spécialiste des questions de géologie minière, je vous confirme avec force la bonne santé de la coopération scientifique franco-polonaise", entretien avec Mme Alicja TARDY, présidente de l'association franco-polonaise ASEMKA.
 
  Alicja TARDY est un observateur privilégié de la coopération scientifique franco-polonaise et ce, à double titre : elle est enseignant chercheur à la prestigieuse école des Mines de Saint Etienne - école qui accueille régulièrement des étudiants polonais - et elle préside aux destinées de l'association franco-polonaise ASEMKA. Nous avons décidé de la rencontrer pour vous.
1) Vous êtes présidente de l'association franco-polonaise "Saint Etienne - Katowice". Pouvez vous décrire son activité en quelques mots ?
 
AT : La création de l'association "Saint Etienne - Katowice"(ASEMKA) remonte en 1992 et fait suite à la visite de responsables politiques polonais de la Voivodie de Silésie à Saint Etienne. Très vite l'idée de jumeler les deux villes fait son chemin, une idée qui sera d'ailleurs concrétisée deux ans plus tard et pour laquelle l'association s'est fortement impliquée. Plutôt que de se cantonner uniquement dans des projets d'ordre socio-culturel, l'ASEMKA a toujours eu vocation à prendre part à des actions de terrain de type industriel ou scientifique et c'est dans ce même esprit que "la maison de Saint Etienne à Katowice" verra le jour en 1998. Cette antenne, qui fêtera ses dix ans d'existence l'an prochain, a pour objectif de favoriser les échanges économiques et culturels entre les deux villes ainsi que de faire la promotion du patrimoine et du savoir-faire de la région stéphanoise en Pologne. C'est un élément important de notre stratégie de communication qui n'aurait jamais pu voir le jour sans l'engagement des responsables politiques mais aussi le bon-vouloir et la participation des populations locales. 

  
Alicja TARDY
 

2) Le site internet de l'association a fait l'objet il y a quelques mois d'une refonte. Quels sont les objectifs de cette nouvelle version ?
 
AT : Ce nouveau site  est le résultat de plus de 2 ans de travail  que nous avons mis à contribution  pour  redéfinir la charte graphique et l'organisation des rubriques. Plus professionnel, le site est également plus orienté "business" et "entreprises" et met à disposition des acteurs économiques français toute une série d'information sur l'actualité de la ville de Katowice et la Voivodie de Silésie. L'idée était également de pouvoir mieux différencier dans l'esprit du grand public les activités de la maison de Saint Etienne à Katowice et celles de l'ASEMKA. Mais surtout avec cette nouvelle version l'association dispose désormais d'un véritable outil de travail collaboratif qu'on pourrait très bien assimiler à un CMS (Content Manager System) : qu'il soit basé en France ou en Pologne, chaque adhérent peut ainsi publier ses contributions en ligne et en enrichir le contenu, chose impossible avec l'ancienne version. Au final, je dirais que notre site internet est à l'image du parcours de l'association : il s'est progressivement enrichi et professionnalisé au cours du temps.
 
 
3) Comment qualifieriez-vous l'état de la coopération franco-polonaise dans le domaine scientifique ? Pouvez-vous donner des exemples de projets scientifiques franco-polonais d'envergure ?
 
AT : en ma qualité de présidente de l'ASEMKA mais aussi d'enseignant chercheur spécialiste des questions de géologie minière, je vous confirme avec force la bonne santé de la coopération scientifique franco-polonaise. Les projets ne manquent pas, tout particulièrement dans les domaines de l'enseignement et de la formation professionnelle auxquels je suis particulièrement sensibilisées de part ma position. Je citerai à titre d'exemple la création récente d'un master de restructuration minière en collaboration avec l'école Polytechnique de Silésie et les écoles des Mines de Saint Etienne et  Nancy : plus d'une trentaine de jeunes ingénieurs polonais sont ainsi accueillis  et formés chaque année dans le cadre de ce cursus  qui s'est récemment étendu à d'autres villes polonaises dont Wroclaw. Dans le même ordre d'idées, le Centre National d'Etudes Supérieures de Sécurité Sociale (CNESS) de Saint Etienne accueille lui aussi régulièrement des professionnels polonais dans le cadre de son programme dédié à la formation des cadres. 
 
 
4) Comment voyez-vous l'évolution du marché des TIC en Pologne dans les cinq années à venir ?
 
AT : je suis des plus optimistes pour le développement de la société de l'information en Pologne, ce d'autant que la qualité de nos ingénieurs est largement reconnue par delà nos frontières, surtout dans des domaines clé tels que la programmation informatique. Ceci dit, je déplore la multiplication des organismes de formation auquel on assiste actuellement en Pologne, alors même nos écoles traditionnelles remplissent déjà très bien leur rôle. Bien que tenaces, les préjugés tendent progressivement à s'estomper et les ingénieurs polonais sont de plus en considérés par la communauté scientifique internationale au même niveau que leurs homologues français, anglais ou allemands. Ce résultat est dû à l'effort considérable des établissements scolaires polonais qui ont réussi à allier enseignement théorique et application pratique, en intégrant par exemple des notions de coûts ou de productivité qui étaient autrefois complètement occultées. Un changement radical qui n'a été rendu possible qu'après la chute du communisme alors même que l'esprit d'entreprise et la créativité ont été étouffées voire réprimées durant des décennies. La jeunesse polonaise a désormais la soif d'innover dans un environnement qui lui est désormais plus favorable.
 
D'une manière générale, je dirais que la population polonaise possède une très bonne aptitude à s'approprier les nouvelles technologies. Je suis certes préoccupée comme beaucoup par le phénomène d'exode et la fuite des cerveaux qui touchent une partie du pays mais je reste optimiste quant à l'issue de ce problème : le niveau des salaires va progressivement s'équilibrer, d'ailleurs les gens hautement qualifiés parviennent déjà à gagner très bien leur vie en Pologne.
 
 
5) Que pensez-vous des accusations proférées par certains courants de pensée polonais qui stigmatisent les TIC et internet comme un élément constitutif de la destruction du lien social en Pologne et de la montée des individualismes  ?
 
AT : Je dirais que les vrais responsables de cette situation ne sont pas tant les nouvelles technologies que l'économie de marché et une concurrence accrue entre les individus. Depuis 15 ans, la montée en puissance d'une économie de type capitaliste a incontestablement nourri les appétits personnels d'une partie de la population polonaise, ce qui explique par ricochet la montée des individualismes auquelle on assiste. Je ne suis toutefois pas inquiète car le lien social et familial reste malgré tout très fort en Pologne. L'organisation de la vie quotidienne et dans une moindre mesure la religion sont également des éléments qui favorisent la vie en communauté. Ainsi tous les Polonais ne sont pas des croyants assidus mais beaucoup s'efforcent de respecter les traditions. Il n'a donc pas lieu de s'inquiéter outre mesure sur la pérénnité du lien social en Pologne.
   
Propos recueillis le 24 novembre 2007 à Saint Etienne, France
 
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